Le conflit sociocognitif apparaît lorsque plusieurs élèves confrontent des réponses, des raisonnements ou des représentations différents à propos d’un même problème.
Cette confrontation peut conduire l’élève à expliquer sa démarche, prendre conscience des limites de son raisonnement, examiner le point de vue d’un camarade, modifier ou enrichir ses connaissances, puis construire une réponse mieux justifiée.
Le conflit sociocognitif est une confrontation de points de vue entre élèves qui favorise une réorganisation des connaissances.
Le mot conflit ne désigne pas une dispute personnelle. Il désigne un désaccord intellectuel portant sur le savoir.
Les deux dimensions
Dimension sociale : l’élève échange avec des camarades, un groupe de travail, la classe ou l’enseignant jouant un rôle de médiateur.
Dimension cognitive : l’élève compare les raisonnements et peut remettre en question sa propre conception.
Points de vue diffeˊrents⟶Argumentation⟶Reˊorganisation des connaissances.
La présence de plusieurs élèves ne suffit donc pas. Il faut une véritable confrontation argumentée.
Exemple en mathématiques
L’enseignant demande de comparer 53 et 74.
Un premier élève affirme que 74>53 parce que 4>3 et 7>5.
Un deuxième élève utilise les produits croisés : 3×7=21 et 4×5=20.
Il en déduit : 53>74.
La confrontation oblige le premier élève à examiner les limites de sa méthode. Le conflit sociocognitif peut ainsi faire évoluer sa conception de la comparaison des fractions.
Conditions favorables
Pour produire un apprentissage, le conflit sociocognitif doit comporter un problème commun, des réponses ou démarches différentes, une possibilité d’expliquer les procédures, une confrontation respectueuse, des arguments mathématiques et une validation fondée sur le savoir.
L’objectif n’est pas de déterminer quel élève gagne, mais d’identifier le raisonnement le plus valable.
Rôle de l’enseignant
L’enseignant doit proposer une tâche permettant plusieurs procédures, faire exprimer les points de vue, demander des justifications, éviter de donner immédiatement la bonne réponse, faire comparer les arguments, maintenir un climat respectueux, organiser la validation et institutionnaliser la connaissance correcte.
Questions utiles : Comment avez-vous obtenu ce résultat ? Les deux méthodes donnent-elles toujours la même réponse ? Pouvez-vous proposer un contre-exemple ? Quel argument permet de valider cette procédure ?
À ne pas confondre
Conflit cognitif : contradiction ressentie par l’élève entre sa conception et un fait ou un résultat.
Conflit sociocognitif : confrontation de conceptions différentes entre plusieurs personnes.
Conflit relationnel : opposition personnelle ou affective entre des individus.
Travail de groupe : organisation collective qui ne produit pas nécessairement une confrontation intellectuelle.
Débat mathématique : échange argumenté pouvant provoquer un conflit sociocognitif.
Exemple : un élève constate seul que son résultat contredit une mesure, il s’agit d’un conflit cognitif. Deux élèves confrontent leurs méthodes différentes, il s’agit d’un conflit sociocognitif.
Limites possibles
Le conflit ne produit pas automatiquement un apprentissage.
Il peut échouer lorsque les élèves ne justifient pas leurs réponses, lorsqu’un élève impose son avis par son statut, lorsque les autres imitent sans comprendre, lorsque le désaccord devient personnel, lorsque l’enseignant donne trop rapidement la solution ou lorsque la tâche est trop difficile pour permettre un véritable échange.
L’enseignant doit donc réguler la confrontation.
Pièges du concours
Piège 1 : confondre conflit sociocognitif et dispute.
Piège 2 : croire que tout travail en groupe produit un conflit sociocognitif.
Piège 3 : confondre conflit cognitif et conflit sociocognitif.
Piège 4 : donner immédiatement la réponse correcte, ce qui peut interrompre l’analyse des raisonnements.
Le conflit sociocognitif permet à l’élève d’expliciter sa conception, comparer les raisonnements, reconnaître les limites de sa procédure et reconstruire ses connaissances.
Le conflit sociocognitif est une confrontation argumentée de points de vue différents permettant de faire évoluer les connaissances des élèves.
Définitions clés
Conflit sociocognitif : confrontation argumentée entre conceptions différentes de plusieurs élèves à propos d’un même savoir.
Dimension sociale : aspect interactionnel du conflit, lié aux échanges entre plusieurs personnes.
Dimension cognitive : réorganisation des connaissances de l’élève provoquée par la confrontation.
Conflit cognitif : contradiction qu’un élève peut rencontrer individuellement entre sa conception et un résultat.
Conflit relationnel : opposition affective ou personnelle qui ne porte pas directement sur le savoir.
Exemples
Comparaison de fractions
La confrontation entre une comparaison naïve et le recours aux produits croisés sur 53 et 74 illustre un conflit sociocognitif fécond.
Travail de groupe insuffisant
Un groupe où les élèves recopient la réponse d’un camarade sans discuter ne produit pas nécessairement de conflit sociocognitif.
Validation mathématique
Le conflit devient formateur lorsque les élèves justifient leurs démarches et valident la procédure correcte par des arguments portant sur le savoir.
Pièges fréquents
Confondre conflit sociocognitif et dispute personnelle.
Croire que tout travail de groupe produit automatiquement un conflit sociocognitif.
Confondre conflit cognitif individuel et conflit sociocognitif entre plusieurs élèves.
Donner immédiatement la bonne réponse au lieu de faire vivre la confrontation argumentée.