Mettre en œuvre une démarche d’investigation consiste à organiser une situation dans laquelle les élèves s’approprient un problème, formulent des hypothèses, conduisent une recherche, communiquent leurs résultats, les confrontent, les valident puis construisent une synthèse.
L’enseignant prépare et régule la démarche, mais les élèves doivent conserver la responsabilité intellectuelle de la recherche.
Préparation de la situation
Avant la séance, l’enseignant doit déterminer le savoir visé, choisir un problème adapté au niveau des élèves, identifier les prérequis, prévoir les stratégies possibles, anticiper les difficultés et les erreurs, choisir les variables didactiques, préparer les outils et les supports, organiser les groupes et définir les modalités de synthèse et d’évaluation.
Cette préparation correspond à une analyse a priori : elle anticipe les démarches possibles et les obstacles probables avant la mise en œuvre réelle.
Exemple : pour le problème des rectangles de périmètre 20, l’enseignant prévoit l’usage de 2L+2ℓ=20, donc L+ℓ=10, puis la comparaison des valeurs de A=Lℓ.
Phase 1 : appropriation
L’enseignant présente le problème sans donner immédiatement la méthode.
Les élèves doivent comprendre le contexte, identifier les données, reformuler la question, exprimer leurs premières idées et faire apparaître leurs interrogations.
Dans les formulations de concours, l’appropriation consiste notamment à concentrer l’attention des élèves et à favoriser l’émergence de leurs questions.
L’enseignant vérifie la compréhension, fait reformuler et répond aux questions de compréhension, mais évite de construire déjà toute la solution.
Phase 2 : élaboration des hypothèses
Les élèves proposent des réponses ou des démarches provisoires.
Une hypothèse peut être une valeur supposée, une relation possible, une conjecture, une méthode de résolution ou une prévision.
Dans le problème des rectangles de périmètre 20, certains élèves peuvent supposer que le rectangle dont les côtés sont les plus proches possède l’aire la plus grande.
Il faut favoriser la diversité des propositions, l’explication des idées et la discussion interne sans imposer trop tôt une hypothèse unique.
Phase 3 : conduite de la recherche
Les élèves mettent les hypothèses à l’épreuve : ils peuvent effectuer des calculs, construire une figure, réaliser des mesures, produire un tableau, utiliser GeoGebra ou un tableur, rechercher un contre-exemple ou construire un raisonnement.
Exemple de tableau construit par les élèves :
L12345ℓ98765A=Lℓ916212425
Ils constatent alors que l’aire maximale est obtenue pour L=ℓ=5.
Dans le travail en groupes, cette phase correspond principalement à un débat interne, à la répartition des tâches, à la confrontation locale des idées et à la construction d’une solution commune.
Rôle de l’enseignant pendant la recherche
L’enseignant observe les démarches, repère les obstacles, pose des questions de relance, fournit une aide limitée aux groupes bloqués, évite de valider trop rapidement et ne réalise pas le raisonnement à la place des élèves.
Il doit soutenir la progression de la recherche sans supprimer l’initiative intellectuelle des élèves.
Phase 4 : communication et échange
Chaque groupe présente son hypothèse, sa procédure, son résultat, ses arguments et les difficultés rencontrées.
La fonction principale de cette phase est de communiquer les propositions, comparer les méthodes, confronter les résultats, faire apparaître les accords et les désaccords et préparer la validation.
Les épreuves distinguent explicitement cette phase d’échange entre groupes du débat interne propre à la phase de recherche.
Phase 5 : confrontation et validation
Les élèves doivent déterminer quelles propositions sont mathématiquement valides.
La validation peut utiliser un calcul, une propriété, une démonstration, une vérification, un contre-exemple ou une comparaison avec les contraintes du problème.
Dans l’exemple précédent, comme ℓ=10−L, on obtient A(L)=L(10−L)=25−(L−5)2. Puisque (L−5)2≥0, on a A(L)≤25.
L’aire maximale vaut donc 25 et elle est atteinte pour L=ℓ=5.
Une réponse n’est pas validée parce qu’elle vient du groupe le plus rapide ou de la majorité, mais parce qu’elle est soutenue par des arguments mathématiques.
Phase 6 : synthèse et structuration
La synthèse vise à la fois la résolution claire du problème et l’explicitation des savoirs et savoir-faire mobilisés.
L’enseignant reprend les résultats utiles, corrige les erreurs importantes, compare les démarches, formule le savoir à retenir, précise son domaine de validité, le relie au programme et donne une trace écrite structurée.
Dans l’exemple, la synthèse peut établir que parmi les rectangles de périmètre fixé, le carré possède l’aire maximale, tout en explicitant l’organisation des données, la conjecture et la justification algébrique.
Réinvestissement et évaluation
Après la synthèse, l’enseignant peut proposer une situation proche mais différente pour vérifier l’utilisation du savoir.
Exemple : parmi les rectangles de périmètre 32, déterminer celui dont l’aire est maximale. Les élèves réinvestissent alors L+ℓ=16 et concluent que l’aire maximale est atteinte pour L=ℓ=8.
Le réinvestissement permet de vérifier que l’élève ne mémorise pas seulement une réponse, mais réutilise un savoir dans une situation nouvelle.
Remédiation
L’enseignant analyse les productions afin d’identifier si les difficultés concernent la compréhension du problème, la formulation des hypothèses, le choix de la stratégie, les calculs, la justification, la communication ou l’interprétation du résultat.
La remédiation doit cibler l’origine réelle de la difficulté. Par exemple, si un élève sait calculer les aires mais ne sait pas organiser les essais, l’aide doit porter sur la construction d’un tableau et la comparaison des résultats.
Schéma récapitulatif
PreˊparationAppropriationHypotheˋsesRechercheEˊchangeValidationSyntheˋseReˊinvestissementChoisir le probleˋme et anticiper les deˊmarchesComprendre et prendre en charge le probleˋmeProposer des reˊponses ou strateˊgies provisoiresTester les hypotheˋses et construire une solutionCommuniquer et confronter les propositionsVeˊrifier la validiteˊ matheˊmatiqueExpliciter le reˊsultat et les acquis mobiliseˊsUtiliser le savoir dans une nouvelle situation
Pièges du concours
Piège 1 : orienter la résolution dès l’appropriation au lieu de laisser apparaître le questionnement.
Piège 2 : uniformiser trop rapidement les hypothèses.
Piège 3 : confondre recherche en groupes et échange entre groupes.
Piège 4 : valider par l’autorité ou par la majorité.
Piège 5 : terminer après la communication sans synthèse ni structuration.
L’enseignant organise les conditions de la recherche ; les élèves proposent, expérimentent, confrontent et justifient ; la synthèse transforme les résultats de la recherche en savoir structuré.
Définitions clés
Analyse a priori : préparation de la situation avant la séance par anticipation des stratégies, erreurs et difficultés possibles.
Appropriation : phase où les élèves comprennent la situation, identifient le problème et se l’approprient intellectuellement.
Hypothèse : réponse ou stratégie provisoire qui doit être vérifiée.
Validation : vérification de la justesse mathématique d’une proposition par des arguments fondés.
Synthèse : structuration finale des résultats et explicitation des savoirs et savoir-faire mobilisés.
Exemples
Rectangles de périmètre 20
Les élèves comparent plusieurs couples (L,ℓ), observent que 5×5 donne l’aire maximale, puis justifient ce résultat avec A(L)=25−(L−5)2.
Réinvestissement
Le passage du périmètre 20 au périmètre 32 vérifie la capacité des élèves à réutiliser le résultat dans une situation analogue.
Remédiation ciblée
Un élève qui calcule correctement mais n’organise pas ses essais a besoin d’une aide sur la structuration des données, non d’une reprise mécanique des calculs.
Pièges fréquents
Confondre préparation de la situation et correction anticipée du problème.
Prendre la majorité des réponses pour un critère de vérité mathématique.
Réduire la synthèse à une simple annonce de la bonne réponse.
Oublier le rôle du réinvestissement pour vérifier l’usage réel du savoir.